ESSAI: La viande «in vitro»

Essai rédigé par Myriam Khelifi

Est-ce que la commercialisation de la viande in vitro est une bonne alternative à celle de la viande conventionnelle?

INTRODUCTION

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO), près de 312 millions de tonnes de viande avait été consommées partout à travers le monde en 2014. Cela représente 10 000 kg de viande par seconde. Pour contrer cette problématique, des scientifiques néerlandais ont mis au point le tout premier morceau de boeuf « in vitro », c’est-à-dire créé en laboratoire. Mais devrions-nous vraiment commencer à commercialiser ce type de viande en dépit du boeuf conventionnel? De toute évidence, sa mise en marché possède d’inévitables répercussions, qu’elles soient positives ou négatives, sur les plans environnemental et sanitaire.

1. Qu’est-ce que la viande in vitro?

De prime abord, le boeuf in vitro est une innovation qui a été mise au point par le professeur néerlandais Mark Post à l’Université de Maastrich, aux Pays-Bas. Ce type de viande est cultivé en laboratoire dans un plat de Petri à partir de cellules souches et de tissus musculaires de vache. Cette culture, qui s’étale sur une période de 4 à 6 semaines, est réalisée dans des incubateurs à une température de 38oC, température corporelle normale d’un bovin d’âge adulte. Lorsque les fibres sont attachées entre elles et sont assez résistantes, certains ingrédients doivent être ajoutés au produit final, sans quoi le goût et la coloration n’auraient rien de ressemblant à la viande naturelle. Ainsi, pour la consistance, les scientifiques ajoutent un peu de chapelure alors que pour le goût, ils y intègrent de la poudre d’oeuf et du safran et finalement, un soupçon de jus de betteraves est ajouté pour la couleur, puisque les cellules souches de vaches sont blanchâtres.

2. Enjeu environnemental

D’un point de vue environnemental, la commercialisation du boeuf «in vitro» engendrerait une importante réduction de l’empreinte écologique humaine sur la planète. En effet, un boeuf de taille moyenne émet cinq fois plus de gaz à effet de serre (GES), relâche six fois plus d’azote qui polluent les eaux et utilise 11 fois plus d’eau que tous les autres animaux consommés dans le monde. Le fait de fabriquer de la viande in vitro en laboratoire à l’aide de cellules souches de vache permettrait ainsi de réduire considérablement ces conséquences néfastes sur l’environnement. Ainsi, cultiver des protéines animales artificiellement élimine la nécessité d’élever un grand nombre d’animaux polluants tout en évitant le gaspillage excessif des ressources agricoles. De plus, la culture de viande synthétique permettrait de lutter contre la déforestation puisque 70% des terres agricoles sont destinées à l’élevage du bétail. Cependant, d’autres chercheurs affirment qu’il faudra attendre une production de boeuf synthétique en usine avant d’évaluer convenablement les effets néfastes sur l’environnement engendrés par ce genre de fabrication. En effet, selon Jean-François Hocquette, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique en France (INRA), une éventuelle production à grande échelle rejetterait une quantité importante de nitrates et d’eaux usées qui se jetteraient par la suite dans les cours d’eau environnants. Somme toute, fabriquer de la viande artificielle réduirait les émissions de GES et le gaspillage des ressources agricoles, mais d’une façon peu significative selon certains chercheurs.

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3. Enjeu sanitaire

D’un point de vue sanitaire, la mise en marché de la viande synthétique permettrait de réduire le taux de risque d’être atteint d’un cancer lié à une grande consommation de viande rouge, tels que les cancers de l’oesophage, du côlon, des poumons, du pancréas et de l’utérus. En effet, un steak de boeuf cultivé en laboratoire ne possède aucun gras trans et saturé. Ainsi, les gens pourraient en consommer un peu plus fréquemment que la viande conventionnelle sans nécessairement être visés par les facteurs cancérigènes que les scientifiques connaissent à ce jour. De plus, la production de viande artificielle n’exige pas l’administration de multiples antibiotiques, comme les stéroïdes ou les hormones, aux animaux, ce qui éviterait l’apparition de superbactéries de plus en plus résistantes. Toutefois, d’autres chercheurs pensent que la culture de viande artificielle en laboratoire pourrait, au contraire, développer davantage de bactéries et de champignons. En effet, ils avancent qu’un milieu chaud (à 38 degrés) est idéal pour la culture de cellules protéinées (viande), mais également de cellules bactériennes. En d’autres mots, une éventuelle production à grande échelle de viande in vitro pourrait engendrer la formation de nouvelles maladies complexes et inconnues chez l’humain. En résumé, la commercialisation de protéines animales synthétiques pourrait réduire les risques qu’une personne soit atteinte d’un cancer lié à une consommation importante de viande rouge, mais pourrait, en contrepartie, favoriser la création de nouvelles bactéries néfastes pour l’humain. 

CONCLUSION

En définitive, la viande in vitro est une innovation qui possède plusieurs avantages, mais qui reste tout de même contestée à travers le monde à cause de ses nombreux inconvénients. L’idée de commercialiser ce type de viande comme étant une meilleure alternative à la viande conventionnelle reste encore contestée. Cette invention génère encore beaucoup de scepticisme, autant sur les enjeux environnementaux que sanitaires. Mais qui sait, dans 15 ans, de la viande artificielle pourrait après tout se retrouver dans notre assiette!

 

BIBLIOGRAPHIE (en ordre alphabétique d’auteurs)

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